fOSSa 2011 : retours sur la track Dev

Les 26,27,28 Octobre se tenait à Lyon fOSSa, une conférence par ordinaire organisée par l’INRIA. Comme le laisse supposé le OSS du nom, le thème central est l’open source, et le but de la conférence est de partager l’expérience entre les participants issus de l’industrie ou de la recherche, entre utilisateurs et producteurs de contenu open source. Les 3 jours abordaient des thèmes différents, je me suis pour ma part concentré sur la track Développement, qui proposait un programme sur une matinée rassemblant des speakers bien connus de nos JUGs (on reconnait bien là les goûts de @jponge, organisateur et maître de cérémonie ce matin là).

Il faut préciser que les talks sont courts, en anglais, et que la conférence était gratuite !

Oracle, 18 mois plus tard

Le premier talk est donné par @alexismp qui nous parle d’Oracle et du changement que le rachat a amené, par rapport à la politique de Sun, qui était clairement positionné sur l’open source.

Photo par Julien Ponge

Alexis commence par un rapide sondage sur ce que nous évoque Oracle :
– base de données
– argent
– open source
Les bras se lèvent plus majoritairement pour les deux premiers avec quelques rires pour le second, que la troisième option. Le but du talk d’Alexis est justement d’éclairer la position d’Oracle à ce sujet. Il nous rappelle du déroulement de l’acquisition et les doutes que l’on a connu (problème avec l’UE, les produits en double dans le catalogue Sun/Oracle sur lequel un doute planait comme NetBeans…). Oracle veut garder un Java attractif, malgré ce que la presse informatique en dit et malgré les départs emblématiques (dont James Gosling le papa de Java). Alexis nous parle aussi des points fachants, comme le procès avec Google pour l’utilisation de Java sur Android puis enchaîne sur une partie plus technique, HotSpot qui va récupérer les fonctionnalité de JRockit, OpenJDK rejoint par IBM, Apple et SAP.
Puis le départ de la fondation Apache du JCP, regretté par tout le monde et les différents projets qui ont forkés : Hudson, MySQL, OpenOffice. Dans les points positifs, Alexis note le soutien d’Oracle à GlassFish, qui dans sa version 3.1 inclue le clustering, ce qu’il ne proposait pas jusqu’a présent et dont Oracle aurait pu se passer avec WebLogic qui propose déjà cette option.

Au niveau communautaire il y a également des progrès, avec l’inclusion d’un JUG dans le JCP et JCP.next (JSR 348) approuvé ce mois-ci.
Le futur de Java, c’est Java FX2, Java 8/9, JavaEE7, et la convergence SE/ME.
Alexis conclue avec humour sur le « real evil plan » d’Oracle : investir, collaborer, encourager l’eco système.

OpenDJ, life after Sun-set

Ludovic Poitou prend la suite : c’est un ex employé de Sun, community manager OpenDJ chez ForgeRock, fork OSS de OpenDS.

Photo par Emmanuel Hugonnet

Quel est le modèle rêvé du projet oss : démarrer un projet seul, être rejoint par une communauté et commencer à gagner de l’argent avec. Modèle qui n’est pas le reflet de la réalité, si l’on en croit le rapide sondage dans la salle !
OpenDS a commencé par une volonté de réécrire SunDS et de l’open sourcer : stratégie un peu suicidaire qui sabotait la propre ligne de produit de l’entreprise, mais Sun était capable de faire ces choix. 30 personnes pour faire le développement, mais seulement 3 contributions externes en 4 ans. Ludovic nous montre les métriques de téléchargement au cours du temps, avec en parallèle les téléchargements réels (par ip) qui sont bien plus réalistes (et aussi plus faibles  évidemment).
Le rachat par Oracle va changer la donne : pas de volonté de poursuivre le développement d’OpenDS, mais le produit est conservé “ouvert”. Avec quelques personnes, Ludovic a forké le produit, ainsi est né OpenDJ et ForgeRock. ForgeRock est 100% OpenSource et spécialisé dans la gestion des identités (OpenAM, OpenIDM…). La communauté migre peu à peu vers OpenDJ, malgré seulement 4 développeurs. Déjà plus de contributions externes en un an que durant la vie d’OpenDS, il semblerait qu’une petite équipe de développeurs facilite la contribution en « effrayant » moins les contributeurs qu’une grosse équipe lancée à plein régime. Les challenges : rebatir une communauté, faire connaitre OpenDJ, réécrire la doc. Beaucoup de releases (tous les deux mois), beaucoup de bugfixes, OpenDJ est prêt pour la production. On a quelques chiffres sur 3 sociétés qui ont souscris à l’offre support : plusieurs millions d’utilisateurs, jusqu’à 200000 sessions parallèles, toutes utilisent de 6 a 12 serveurs.
Pour conclure, Ludovic explique qu’il n’y a pas une seule voie pour faire de l’OSS, trop de ressources fait peur aux contributeurs externes potentiel, alors que la participation est un reflet de l’ouverture.

Projet ALERT

Photo par Julien Ponge

Clara Pazuela nous parle de la façon de faire de l’OSS a ATOS :
– beaucoup de développeurs, qui communiquent par chat/mail et ne parlent pas tous anglais.
– Beaucoup d’utilisateurs qui rapportent des bugs mais peu de code.
Les bugs même très simples peuvent prendre très longtemps a être corrigé avec beaucoup d’interactions entre différentes personnes (mailing list, irc, forum, bugs liés…). ALERT est destiné a faire un “bus” qui centralise les informations, et fonctionne en publish/suscribe entre les sources d’informations et les consommateurs, avec un des informations sémantiques. C’est un projet de recherche soutenu par l’UE et dont le développement n’a commencé que depuis un an et pas encore releasé ou open sourcé.

Involvement of software engineering companies in OSS contributions

Jerome Petit, travaillant chez SERLI et JUG Leader du PoitouJUG nous parle des contributions OSS dans sa société et de l’impact que ces contributions peuvent avoir.

Photo par Orianne Tisseuil

SERLI c’est 65 personnes, beaucoup de Java et 10% du temps consacré à l’OSS. Ils offrent du temps pour contribuer aux projets OSS, de quelques jours à plusieurs mois sur différents projets (GlassFish, Sonar pour les produits d’éditeurs, Selenium, Jonas pour les produits communautaires, ou même Ceylon, le nouveau langage JVM de RedHat). La contribution va du bugfix à la core feature, parfois guidée par le besoin ou l’envie d’ajouter des fonctionnalités ‘bleeding edge’.
Cela change plusieurs choses dans leur entreprise :
– organisation : cela amène de la visibilité, de la crédibilité avec des speakers dans les grands events, des articles de blogs etc…
– business : il est plus facile de convaincre des clients, des missions plus pointues, de nouvelles opportunités (développer l’i18n pour Sonar, payé par les clients de Sonar). Les développeurs impliqués dans l’OSS sont très rapidemment visibles et demandés. Depuis l’ajout de l’OSS  le CA a plus que doublé en 5 ans, et  la part de Java dans l’activité a explosé.
– personne : pas de meilleure école de code que l’OSS, différente culture, motivation des développeurs et développement de leur potentiel.
C’est un cercle vertueux : contribution -> credit/visibilité/skills -> clients -> plus de revenus/recrutement de meilleur qualité -> contribution.
Il faut savoir garder un équilibre entre business et oss, faire les bonnes contributions, en respectant les différentes règles d’un projet ciblé, sa roadmap etc… Les core features sont les plus intéressantes et motivantes.
Pour SERLI, les retombées valent largement les investissements.
Très bon talk, inspirant sur la façon de faire du business et de l’OSS et comment les deux peuvent se marier et s’enrichir.

Opensource & Business at Cloudbees

Nicolas de Loof, employé de Cloudbees et JUG Leader à Rennes nous parle également de marier le plaisir et les affaires

Photo par Jerome Petit

Il commence par l’histoire de Jenkins : commencé en 2004 comme un projet perso par Kosuke Kawaguchi, qui a rapidement gagné une communauté. Les releases sont très fréquentes (1 par semaine) , les contributions très simples, extensible par plugins (dont le nombre augmentent toujours). Petite comparaison des stats Hudson/Jenkins histoire d’enfoncer le clou!
La communauté de Jenkins est une SPI : Software in the Public interest, différente d’Apache, qui permet de diriger son projet simplement, avec un board constitué de différents acteurs (Cloudbees, Cloudera, Yahoo).
Différents modèles sont possibles pour faire du business et de l’oss :
– Double licence, principalement supporté par une entreprise, CLA à signer pour contribuer, suit une roadmap commerciale (SpringSource, Sonatype) -> pas vraiment OpenSource, difficile de contribuer, pas pour Jenkins
– Support et service : ce qui est fait sur toutes les versions de Jenkins
– Formation (aussi pratiquée à Cloudbees)
– Version Pro : plus stable, sécurité, virtualisation (aussi pratiqué à Cloudbees)
– Hosting : avec le Saas Dev@Cloud
Cloudbees est parti de Jenkins pour bâtir toute une plateforme de services à la demande (Repo de code, Sonar, XWiki …) pour obtenir une forge logicielle complète. Si le sujet vous intéresse, les slides et l’enregistrement de Sacha Labourey (CEO Cloubees) sont disponibles sur le site du JUG et sur Cast-it.

From a legacy proprietary application to a modern libre solution

Emmanuel Hugonnet, travaillant chez Silverpeas et JUG Leader à Grenoble conclue la matinée.

Photo par Jerome Petit

Le projet Silverpeas a démarré en 99 avec 40 développeurs, en Java 1.2 et Weblogic. Après quelques années, le développement devient difficile : trop de bugs, pas assez de tests. Emmanuel est alors embauché pour ouvrir le projet et le ressuciter. Emmanuel nous explique les différentes étapes :
– Changement de licence
– Problème du build (1/2 journée) -> standardisation avec Maven
– Gestion des sources CVS -> SVN -> Git
– JPA2, migration vers API REST
– UI plus sexy avec GWT
– Ecrire moins de code, simplifier la communication entre modules.
Maven et Git est un combo gagnant et donne de la flexibilité et reproductibilité. L’utilisation de Jenkins et de Sonar les a également aidé pour améliorer la qualité du code.
Les résultats sont visibles : le projet évolue plus rapidement et simplement, moins de régressions, plus de plaisir à coder pour les développeurs. Le tout accompagné de musique !

Une matinée sympa autant pour les talks que pour les échanges en off entre passionnés d’open source, avec une organisation très bien réglée.

Allez, c’est pas tout ça, mais j’ai des patchs à proposer moi.

À propos de Cédric Exbrayat

Cédric Exbrayat, développeur et fondateur Ninja Squad, se réunit avec ses semblables régulièrement que ce soit au Lyon JUG ou à Mix-it, dont il est le fondateur. Java et JS for food and fun.

Publié le 28/10/2011, dans Conference, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Merci Cédric pour se retour de haut vol !

    Ce fut un plaisir que de voir des habitués de JUGs à cet évènement qui se voulait ouvert sur les différentes facettes et publics de l’opensource.

  1. Pingback: Un an de hype! « Hype Driven Development

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